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Cynthia Ghorra-Gobin
No Sprawl: relancer la planification et l'action publique
11 Dicembre 2007
Consumo di suolo
"Un'opera che si raccomanda a chi ritiene importante un maggior governo pubblico del territorio".Les annales de la recherche urbaine, n. 103, 2007 recensione originale

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Sur un thème d’actualité (urban sprawl ou étalement urbain) pour la recherche urbaine en raison de la dynamique de ce phénomène que connaissent de nombreuses villes, métropoles et mégapoles dans le monde, cet ouvrage collectif se veut un argumentaire scientifique en faveur de la planification urbaine. Tout en étant centré sur l’expérience italienne, il présente l’avantage de mettre en perspective différentes villes du pays tout en soulignant qu’il n’y a pas un modèle de ville en soi ayant réussi à lutter contre le sprawl mais qu’il revient aux acteurs publics et privés de se préoccuper sérieusement de cette dilution de l’urbain. Après une introduction d’Edoardo Salzano posant de manière explicite la thèse de l’ouvrage soit la reconnaissance des conséquences néfastes de l’étalement urbain et les remèdes suceptibles d’y parvenir, la première partie principalement descriptive rend compte de l’émergence de la ville diffuse. Il est ainsi question d’ « anarchie urbaine ». Tout en précisant que l’Italie ne dispose pas encore d’un observatoire central sur la consommation urbaine du sol (au détriment du paysage rural ou encore de la forêt), certaines régions de l’Italie comme l’Emilie-Romagne fait le constat suivant : la croissance du territoire urbain fut de l’ordre de 73% entre 1976 et 1994 et de 52% pour la décennie 1994-2003. Pour les trente dernières années, la croissance a donc été de l’ordre de 163%, ce qui revient à dire qu’une nouvelle région et demie se serait ainsi construite au fil du temps. La deuxième partie est plus normative comme l’indique clairement le premier chapitre (rédigé par Maria Cristina Gibelli) sur les coûts collectifs de la dispersion urbaine et sur les outils de la planification en mesure de les anticiper et de les prévenir. L’analyse s’appuie ici encore sur des exemples de ville italiennes mais fait également référence aux travaux européens (essentiellement français) et américains, comme l’indique la bibliographie. A la fin de l’ouvrage, l’annexe inclut la proposition de loi (2006) de l’association Eddyburg militant contre l’étalement urbain. Celle-ci dispose d’un site sur internet (www.eddyburg.it) qui accueille 100.000 visiteurs par mois.

L’intérêt de cet ouvrage est multiple. L’analyse explique l’étalement urbain des trois dernières décennies par l’absence de toute loi nationale encadrant l’urbanisation (en dehors de celle datant de 1942) pendant que les régions et les communes bénéficient d’une grande autonomie pour délivrer des permis de construire. Les auteurs déplorent une situation générale de « laisser-faire » à l’image de ce qui se passe dans la région lombarde ou encore celle de Rome où le paysage rural disparaît au profit notamment de lotissements de maisons individuelles. Comme l’indique Piero Cavalcoli, seule la province de Bologne a réussi àmaîtriser ce phénomène en raison d’une stratégie fondée sur le polycentrisme et le principe de la « diffusion concentrée ». Cette même région est d’ailleurs en train de faire l’expérience de l’intercommunalité et de mettre en œuvre le principe de la « compensation territoriale » entre municipalités concernées.

La spécificité de l’ouvrage collectif Gibelli/Salzano réside toutefois moins dans le simple constat de l’étalement urbain, un phénomène que connaissent de nombreux pays, que dans le positionnement explicite en faveur d’une relance de la planification et d’une action publique pour le territoire afin d’y remédier. Cette posture est critiquée par des élus locaux, des professionnels voire même des chercheurs remettant en cause toute idée d’intervention de l’autorité publique afin de ne pas perturber la dynamique immobilière. Toutefois il rejoint en fait les préoccupations croissantes d’individus et de groupes d’individus qui tentent désormais de s’organiser au niveau local. L’exemple fréquemment donné est celui du conflit entre promoteurs et habitants au sujet de la construction de pavillons dans le Val d’Orcia en Toscanie. Les habitants souhaitent protéger le bourg historique de Monticchiello et leur action est désormais relatée par les médias et les quotidiens qui dénoncent la faiblesse de l’Etat ainsi que l’inertie des régions et des communes alors qu’elles peuvent facilement avoir recours aux outils de la planification spatiale. Tout lecteur appréciera également la capacité des auteurs (urbanistes et chercheurs) à se doter d’une perspective historique. Pour eux, le sprawl (expression favorite des chercheurs et médias anglo-américains) présente non seulement une sérieuse menace pour le patrimoine urbain et rural mais il remet en cause les fondements même de l’histoire de la ville en Italie et en Europe. Aussi ils laissent entendre que si l’urbanisation « de faible intensité » s’inscrit dans la continuité de l’expérience urbaine de certains pays (comme les Etats-Unis), ce n’est en aucun cas celle de l’Italie. Cette référence faite à la dimension historique -alors que généralement les chercheurs et urbanistes de ce début de 21e siècle ont du mal à concilier technique et histoire, converge avec les idées défendues dans l’ouvrage collectif La ville insoutenable[1] où figure également un article de Maria Cristina Gibelli.

No sprawl est d’abord un ouvrage recommandé à tous ceux qui s’interrogent sur la viabilité à moyen terme de l’étalement urbain mais il intéresse aussi tous ceux qui continuent de douter de la pertinence de l’intervention publique dans la gestion spatiale des villes et des campagnes alors que par ailleurs la question du Développement Durable s’inscrit progressivement dans les mentalités.

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[1] .A. Berque, Ph. Bonnin et C. Ghorra-Gobin (ed.) La ville insoutenable, Paris, Belin, 2006.

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