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Patrice Rauszer
Mois d'avril, année 1
18 Giugno 2004
Satira e vignette
Une intéressante application des techniques et des méthodes d'évaluation des projets, effectué il y à quelques temps par une mission de l'Union Européenne à Jérusalem

Jésus mourut sur la croix le vendredi à 15 heures. Le samedi, à 8 h 30, une mission de l'Union Européenne arrivait à Jérusalem pour une évaluation ex post du projet "Bethléem" qui avait duré 33 ans. Elle était composée d'un sociologue, d'un économiste et d'un expert en religion, chef de la mission.

Le sociologue s'intéressa à l'évolution des rapports sociaux induits par le projet et à l'émergence de nouvelles structures sociales. Il eut beau creuser en tous sens, il ne pût mettre en avant un quelconque impact sérieux du projet. Certaines manifestations sociales avaient effectivement eu lieu durant le projet mais elles étaient manifestement circonstancielles, suscitées et portées par le projet lui-même. Il appuya son analyse sur un ensemble de critères objectivement vérifiables qui en garantissaient la justesse :

–connaissance de la doctrine : 7,12 %

–taux de population adhérant à la doctrine : 5,33 %

–taux d'insatisfaits : 86,33 %,

–structures créées : 0

–pratiques sociales modifiées : 0

–nombre de cérémonies couramment pratiquées : 0

–nombre de disciples proches : 12 (puis finalement 2).

L'économiste, de son côté, fut effaré de constater que tous les critères vérifiables restaient obstinément sur le zéro : montant du chiffre d'affaire, taux de retour à 5 ans et 10 ans, nombre d'entreprises créées, nombre d'emplois créés. Les seuls chiffres non nuls, qui figuraient dans son rapport, étaient constitués par le montant des dépenses directes (33 ans de fonctionnement) et les coûts d'accompagnement (12 apôtres pendant 3 ans et 26,3 regroupements moyens de 950 personnes équivalent à 260,33 années de salaire de journalier agricole).

L'expert en religion était le plus concerné car l'objectif principal visait à susciter une nouvelle religion. Certes il avait été projeté que celle-ci aurait des retombées sociales et économiques, mais l'essentiel était bien l'évolution religieuse et doctrinale. Il rencontra les prêtres, l'administration et les pratiquants juifs de base. Il montra, via cinq critères objectifs, que cette religion n'en était pas une :

– adeptes : 0,

– clergé : 1 seul membre de type 1 et 10 de type 2,

– livres sacrés : 0,

– martyrs : 1,

– cohérence interne de la théorie : -20 % (du fait de contradictions internes importantes).

Le qualificatif de secte ne fut pas retenu vu le trop petit nombre d'adeptes et il classa le "mouvement" potentiel né dans le cadre du projet dans le type 6 : "initiative individuelle limitée à l'entourage".

Le rapport d'évaluation fut assez sévère. L'opération fut jugée objectivement sans impact, incapable de mobiliser les populations et de leur apporter espoir et soutien, sans capacité de création de chiffre d'affaire ou d'emplois. Le problème à résoudre avait été mal identifié : les gens n'avaient pas besoin d'une nouvelle religion dans la mesure où ils étaient déjà servis, soit en mono soit en poly théisme.

La principale recommandation visait à abandonner ce type d'objectif. Le rapport critiquait assez sévèrement le bureau Jean Baptiste qui en avait fait l'identification et qualifia le document de projet de "tissu de convictions personnelles non étayé par une analyse sérieuse et objective de la réalité".

La mission retourna à Bruxelles faire son débriefing, avec la satisfaction d'avoir fait progresser la méthodologie du programme PESCHÉ (Programmes d'élévation spirituelle et culturelle de l'humanité en évolution), une légère amertume aux lèvres toutefois en pensant à ces fonds gaspillés qui ne contribueraient en rien à faire évoluer l'organisation sociale et religieuse de l'humanité.

La profession d'expert en élévation était parfois bien décourageante !

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